Pour Pierre, il y aura un avant et un après FRT 2007. Cette expédition marquera en effet un tournant décisif dans son existence. L’instant où tout a basculé se situe précisément le 14 février (jour de la Saint valentin, ce n’est certainement pas un hasard). Nous étions à Key West, dans une des innombrables boutiques de tee-shirt de Duval street. Amusé par le texte imprimé sur un tee-shirt (I’m just a lesbian trapped in a man’s body), je le signalai à celui que l’on appelait encore Monsieur Pierre. Dans un premier temps, il ne manifesta aucune réaction si ce n’est un sourire niais et le fait qu’il répéta deux fois le mot lesbian. Réalisant qu’il n’avait rien compris au texte, je lui en fis la traduction (Je suis juste une lesbienne prisonnière d’un corps d’homme).
A cet instant, Pierre sembla complètement bouleversé. Il resta de longues secondes les yeux dans le vague et la bouche ouverte. Puis, son regard s’illumina, et il répéta en boucle, d’une voie aux accents mystiques:”Mais, c’est donc ça, c’est donc ça…”
Les derniers jours du voyage furent assez éprouvants puisque nous eûmes à supporter le discours de Pierre sur le droit à la différence et sur le fait que nous devions respecter son orientation sexuelle. Il se montrait toutefois inquiet de savoir comment réagirait Sophie en apprenant l’incroyable vérité. Mais rapidement, il se rassura en décidant qu’il devait la convaincre qu’elle même était un pédé prisonnier d’un corps de femme et qu’elle devait assumer ses pulsions pour le plus grand bien de leur couple…
13 février. C’est avec un peu de nostalgie que nous quittons Miami Beach et la chaude ambiance d’Ocean Drive pour nous diriger vers la seconde étape de notre périple : Key West. Après deux jours passés à critiquer notre voiture de location (Chrysler 300C) qui ne disposait même pas, ô malheur, d’un thermomètre, Pierre se résout à n’en point changer, surtout après avoir constaté que notre bolide est bel et bien doté d’un thermomètre et que la défaillance relève en l’occurrence plus du pilote que du véhicule.
Christophe, en pleine crise spirituelle, aspire quant à lui à se rapprocher de la nature et compte bien rencontrer à Key West des créatures plus intelligentes, plus mûres et vierges de tout tatouage.
Loïc, à peine remis de ses cascades nocturnes au Club Madonna avec une jeune femme aussi souple que maladroite, vérifie son matériel photographique avant d’aborder les Keys, leurs couleurs chatoyantes et leurs personnages pittoresques.
Quant à Benoît, étonnamment silencieux, il demeure prostré, le regard vague et l’air absent. Il semble ailleurs, comme… hypnotisé.
Enfin! La Floride est à nous. Notre vol s’est déroulé sans problème.
Bien sûr, le personnel de bord est resté dubitatif lorsque Pierre a annoncé à la chef de cabine : “You no ailliame eu pilote. If veriz henni problème haï canne pose ze plane henni ouère. And if veriz no problème Aye canne give you a lotte of plaisure wiz maille tongue”.
L’hôtesse, très professionnelle, prit alors la peine de signaler au représentant du FBI présent à bord, qu’un individu au comportement incohérent venait de la menacer en arabe. Ce dernier vérifia la liste des passagers et constata que l’énergumène en question se nommait F… William Pierre, qu’il était recherché par les polices d’au moins 14 états pour terrorisme routier, que l’état du New-Jersey le considérait comme pédophile dangereux s’adonnant à la masturbation devant des enfants de moins de 5 ans. De plus, cet individu avait commandé des repas hallal durant le vol. Ce dernier point ayant entraîné la méfiance des services de sécurité, ses bagages furent contrôlés et il s’avéra que sa valise contenait un caleçon gris et moulant, un faux polo Lacoste d’origine saoudienne et bardé de 14 crocodiles et 911 (September eleven?) boîtes de préservatifs. Il fut donc décidé de le placer sous surveillance discrète durant le vol.
Pierre, tout en maugréant contre “les hôtesses qui ne parlent même pas l’anglais” exigea un siège hublot “afin de mieux contrôler le pilote”.
La surveillance de notre ami par le FBI fut facilitée par le fait que celui-ci, ayant ingurgité 18 mignonettes de Jack Daniel’s, s’écroula dans un profond sommeil après une heure de vol. Avant de s’abandonner dans les bras de Morphée, il eut malgré tout la force de s’écrier “28 000 pieds, c’est n’importe quoi !”
Profitant de cet instant de répit, Benoît en profita pour aller expliquer au représentant du FBI le niveau de danger très relatif que représente Pierre pour la sécurité du territoire des Etats-Unis. A partir de cet instant, le vol se déroula dans un calme absolu, simplement interrompu dans les derniers instants par le réveil de Pierre qui hurla : “Et c’est maintenant que tu le sors ton train d’atterrissage !”
A une semaine tout juste de notre départ, il convient de s’assurer que l’ami Pierre ne retombe pas dans ses vieux travers et ne se dégonfle pas à la dernière minute sous un prétexte bidon. Ce message t’est donc destiné, mon Pierrot. Regarde cette petite vidéo intitulée “South Beach club scene” et oublie toutes ces mauvaises raisons qui pourraient te faire renoncer au voyage du siècle.
J’attire particulièrement ton attention sur la fin de ce petit clip. Toi qui vise le “souvenir making”, crois-moi, tu en auras à revendre des souvenirs. Ne laisse donc pas un quelconque sentiment de devoir matrimonial ou paternel te freiner dans ta quête de sensations nouvelles. Il va de soi que ta chère et tendre ne t’en voudra pas car, grâce à ce séjour de découvertes, vous aurez enfin l’opportunité, ensemble, de réévaluer la gamme de vos “fondamentaux”.
L’un des participants au Florida revival tour, que nous appellerons Monsieur X parce qu’il tient à garder l’anonymat, souhaite mettre en garde sur ce blog contre les effets de la sur-médiatisation de ce voyage.Monsieur X se demande en effet si les quatre touristes en goguette auront la même attitude avec le regard de vautour d’une caméra et d’un papparazzi prompt a traquer le moindre écart de conduite et à le diffuser quasi instantanément sur la toile, d’autant que leur chère et tendre aura les yeux rivés sur l’ordinateur dans l’attente de ce fameux faux pas fatal :
Ainsi, face aux prise de vues de son frère, Loïc osera-t-il se lâcher au Clevelander en commandant un iced tea composé d’une seule infusette trempée dans de l’eau plate et des glaçons ?
Ainsi Christophe aura-t-il l’audace de conduire à 46 miles à l’heure en zone limitée à 45, se sachant sous l’œil inquisiteur d’une caméra embarquée ?
Ainsi Benoit osera-t-il braver la routine et pour une fois ne pas aller aux putes à l’occasion d’un voyage entre potes ?
Ainsi, devant l’objectif d’un reflex à millions de pixels, Pierre franchira-t-il les limites de la raison en attendant d’être dans l’avion du retour pour se préparer mentalement à son retour en France ?
Imaginant que tout peut arriver, même l’irrationnel, et connaissant les compétences de Benoit en matière de montage vidéo, Monsieur X avertit les internautes et sa femme en particulier que tout écart de conduite ayant fait l’objet d’une diffusion sur le net devra être considéré comme une grotesque falsification de la vérité vraie.
Les vidéos du voyage seront au format Divx (excellente qualité, visionage en plein écran...). Si ce n'est déjà fait, installez dès à présent le plugin nécessaire pour Mac ou Windows.